Chers libéraux : II serait grand temps de créer une banque pour tous, vous ne trouvez pas?

Ottawa : Jan Simpson, 1re vice-présidente nationale du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), Mike Palecek, président national du STTP, et Brenda McAuley, présidente de l’Association canadienne des maîtres de poste et adjoints, part

Ottawa : Jan Simpson, 1re vice-présidente nationale du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), Mike Palecek, président national du STTP, et Brenda McAuley, présidente de l’Association canadienne des maîtres de poste et adjoints, participent à la manifestation tenue le 5 mai dernier pour exiger la création d’une banque postale comme solution de rechange aux prêteurs sur salaire.



L’examen de Postes Canada doit se pencher sur la prestation de services bancaires dans les bureaux de poste. La création d’une banque postale profiterait à l’ensemble de la population du pays et augmenterait la rentabilité du service postal. 



Auteurs : Mike Palecek, président du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes et Brenda McAuley, présidente de l’Association canadienne des maîtres de poste et adjoints



Le 5 mai dernier, le gouvernement fédéral a annoncé officiellement la tenue d’un examen de Postes Canada. Cette annonce est la bienvenue. Le premier ministre Justin Trudeau donne ainsi suite à la promesse faite durant la campagne électorale de revoir les compressions imposées au service de livraison à domicile. L’examen englobera l’éventail complet des activités de Postes Canada, ce qui est une excellente nouvelle. Mme Judy Foote, ministre des Services publics, a indiqué que le comité chargé de l’examen se pencherait sur « toutes les options », y compris les services bancaires. Cet examen représente une occasion unique d’améliorer un service public essentiel qui unit les gens de ce pays.

 

Le service postal a traversé une période difficile. Sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, Postes Canada a entrepris de démanteler le service de livraison à domicile et de fermer 260 bureaux de poste ruraux. Partout au pays, ces mesures ont soulevé une tempête de protestations. Mécontents de perdre un service public très apprécié, les gens ont signé des pétitions, participé à des assemblées publiques et fait appel à leurs élus fédéraux. Certains ont même eu recours à des méthodes moins traditionnelles : qui n’a pas vu les images du maire de Montréal, Denis Coderre, s’attaquer à l’aide d’un marteau-piqueur à la dalle de béton destinée à recevoir une boîte postale communautaire?

 

Durant la campagne électorale, cette vague d’opposition s’est transformée en un enjeu populaire, et Postes Canada a finalement annoncé, à la fin de l’année dernière, un moratoire sur l’élimination du service de livraison à domicile. Maintenant que le gouvernement Trudeau s’apprête à entreprendre un vaste examen de notre service postal, partout au pays les gens demandent quelle est la prochaine étape. Réponse : ramener les services financiers dans les bureaux de poste d’un bout à l’autre du pays.

 

Méconnue, l’histoire des services bancaires postaux au Canada commence au début de la Confédération et se termine cent ans plus tard, en 1968, lorsque la caisse d’épargne postale ferme ses portes. Aujourd’hui, dans le reste du monde, les banques postales sont en plein essor et connaissent beaucoup de succès, notamment en France, au Royaume-Uni, en Nouvelle-Zélande, au Japon et dans d’autres pays industrialisé. Plus de 60 pays ont une banque postale. Les banques postales sont rentables. Au Canada, les six plus grandes banques du secteur privé engrangent d’énormes profits, toujours croissants : 29 milliards en 2013, $35 milliards $ en 2015. Mais, la population du Canada n’en profite pas. Elle paie des frais bancaires parmi les plus élevés au monde, et cela est particulièrement vrai des frais imposés pour effectuer un retrait à un guichet automatique.

 

Chez nos voisins du Sud, Bernie Sanders, candidat à l’investiture du Parti démocrate, appuie la création d’une banque postale qui permettrait aux Américains à faible revenu d’obtenir les services bancaires que leur refusent les institutions bancaires traditionnelles. Nos banques ne font guère mieux. Elles laissent en plan des millions des Canadiens et Canadiennes. Pendant ce temps, les prêteurs sur salaire se multiplient, et des gens vulnérables sombrent dans le cercle vicieux de l’endettement sans pouvoir s’en sortir.  

 

Dans la foulée des récentes fuites sur l’évitement fiscal impliquant de prestigieuses banques canadiennes, la création d’une banque postale enverrait un message clair au secteur bancaire : finies les pratiques socialement irresponsables! En tant qu’établissement public, la banque postale pourrait établir de nouvelles normes de transparence et être un chef de file en matière de pratiques financières responsables.

 

Nous ne sommes pas les seuls à le dire. Pendant des années, Postes Canada s’est employée à trouver de nouvelles stratégies de diversification, explorant même les services bancaires. C’était avant qu’elle n’adopte une politique de la terre brûlée, préférant s’en prendre aux travailleurs et travailleuses et abolir des services. La société d’État a tenté de camoufler le rapport qu’elle a elle-même réalisé sur les services bancaires, mais des journalistes d’enquête ont réussi à le dénicher. Ils ont découvert un rapport de près de 800 pages, dont 700 étaient censurées. L’information trouvée dans ces pages ne laisse toutefois aucun doute : les services bancaires peuvent jouer un rôle important dans l’avenir du service postal.

 

Un court passage non censuré du rapport secret de Postes Canada indique que les services bancaires sont « une stratégie gagnante sur toute la ligne ». Une banque postale pourrait assurer la rentabilité du service postal pour les années à venir tout en offrant des services financiers dans un plus grand nombre de collectivités que celles où l’on trouve une succursale bancaire – toutes les grandes banques réunies. Cela est également vrai des collectivités rurales du Canada, où des centaines de succursales bancaires ont fermé leurs portes au cours des dernières années, mais où on trouve toujours un bureau de poste.

 

Ce n’est pourtant pas compliqué : au lieu de remplir les poches des actionnaires, les profits réalisés par une banque publique retourneraient aux Canadiennes et Canadiens et financeraient des initiatives communautaires. N’est-il pas temps de créer une banque pour tous?

 

L’examen de l’avenir du service postal nous place devant un choix simple : ou nous laissons les prophètes de malheur poursuivre leur entreprise de démolition, ou nous empruntons la voie de l’optimisme et exploitons le potentiel incroyable des quelque 6 300 bureaux de poste au pays, et permettons au service postal d’élargir son rôle en ajoutant à ses services de livraison du courrier et des colis la prestation de services financiers et autres.

 

M. Trudeau et Mme Foote, à l’instar d’autres pays du monde, il est temps de donner aux Canadiennes et Canadiens une solution de rechange aux grandes banques et aux prêteurs sur salaire dont la cupidité est sans fin. Il est temps de créer une banque pour tous.